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2e Appel (22 septembre 2022)
Ensemble pour une démarche/des actions eco responsables plus ambitieuse(s) à INRAE
Les dégradations toujours plus rapides et inquiétantes de notre environnement doivent être au cœur de nos préoccupations tant elles sont d’une nature et d’une ampleur qui menacent nos sociétés. INRAE a bien évidemment une responsabilité particulière dans ce domaine compte tenu de ses sujets de travail, mais aussi par ses propres activités.
Le collectif CO2R (COllectif pour une Recherche Responsable), qui regroupe 73 agents de 19 unités du centre INRAE Occitanie Toulouse, avait lancé en janvier 2020 un appel, signé par plus de 560 agents d’INRA, pour inciter INRAE à s’engager, clairement et au niveau requis, dans la lutte contre ces dégradations et dans une amélioration de ses activités. Depuis cette date, ce collectif poursuit ses activités en lien avec les actions menées sur le centre de Toulouse et ses réflexions sur ce que les dérèglements environnementaux en cours impliquent comme changements dans nos métiers.
Lancée en 2021, la démarche RSE d’INRAE représente une part importante de la réponse de l’institut à ces enjeux majeurs. Tout en regrettant le retard pris pour lancer cette démarche, le collectif CO2R se félicite de son lancement et des moyens significatifs qui y sont alloués ainsi que du message volontariste qui l’accompagne.
Le plan RSE mentionne à plusieurs endroits le besoin d’une appropriation de la démarche par les agents et les collectifs ainsi que celui d’une évolution continue de son contenu. Nous nous inscrivons donc dans cette démarche de co-construction en écrivant ce document.
Cependant, le collectif CO2R considère que les avancées du plan RSE, par plusieurs aspects importantes, sont loin d’être suffisantes et qu’il y a des manques difficilement compréhensibles (voir ci-dessous). Il s’agit certes d’une première étape qui marque un progrès, mais aussi d'un pas trop timide, au regard des enjeux, pour rassurer et accompagner les collègues qui sont en quête de sens dans leur vie professionnelle, susciter une réelle prise de conscience et induire des changements majeurs de pratique des collectifs et des agents.
Le collectif CO2R veut porter ce message auprès de la direction générale, des instances concernées et plus largement de l’ensemble des collègues pour peser en faveur d'orientations plus résolues, plus rapides et plus complètes.
Pour cela, des relais sont nécessaires. Nous savons qu’il y a de nombreux et nombreuses collègues dans l’ensemble des centres qui se sentent très concerné·es par ces questions. Mais pour le moment, à notre connaissance, il n’y a pas de collectif similaire à CO2R dans les autres centres INRAE, qui puisse fédérer localement ces personnes pour se soutenir collectivement et agir, en complémentarité des actions du plan RSE et de structures comme Labos 1point5.
CO2R lance donc un deuxième appel pour que se constituent d’autres collectifs dans les centres et qu’ils se mettent en réseau pour échanger et démultiplier les actions en vue de peser dans les transformations d’INRAE pour répondre aux enjeux environnementaux actuels.
Ces collectifs, souples et sans structuration formelle contraignante, pourraient contribuer dans un premier temps, et très prochainement, à affiner une interpellation de la direction générale portant sur les manques du plan RSE.
Pour cela, et pour échanger sur nos démarches, nous proposons d'organiser une rencontre en visio multi-site avec les personnes intéressées par cette démarche.
Si la démarche vous intéresse, vous pouvez remplir l’enquête (cf bas de cette page) et commencer à vous coordonner.
Concrètement, mais en bref, voici quelques-uns des points qui ont retenu notre attention dans le plan RSE et qui pourraient servir de point de départ pour des échanges de points de vue (document complet du RSE) :
Niveau d’ambition :
- Si les grandes lignes des objectifs et de l’état de nos émissions sont bien énoncées, cela ne se traduit pas par une communication claire sur ce que cela représenterait en termes de réduction annuelle à accomplir. Tout retard dans cette réduction implique un effort plus grand par la suite. Faire connaître cette information nous paraît essentiel pour que chacun puisse saisir l’ampleur des changements à conduire.
- Comme cela a été maintes fois dénoncé, l’engagement vers la neutralité carbone à un horizon éloigné tend à démotiver pour des actions rapides. La neutralité est certes importante à atteindre, mais ce sont surtout les émissions totales d’ici là qui comptent et plus vite elles sont réduites, plus nous limiteront les conséquences négatives des changements climatiques. Par ailleurs, comme l’ADEME l’a récemment rappelé, la plus grande vigilance est requise dans l’utilisation du concept et des allégations de neutralité carbone, même au niveau d’organismes nationaux.
- La démarche adopte globalement une option des « petits pas », qui sont nécessaires et qui vont dans le bon sens, et sont particulièrement adaptés au niveau individuel, mais qui ne sont pas à la hauteur des enjeux et des efforts à faire, que l’institut se doit de porter de manière collective et ambitieuse.
- Comptabiliser le nombre de petites actions ne dit rien sur l’impact global que cela aura sur le bilan : des démarches plus ambitieuses sont nécessaires.
- On peut regretter que le travail de préparation du RSE n’ait pas été consacré à élaborer un scénario de réduction des émissions de GES. Le document laisse entendre que ce scénario ne sera disponible qu’en 2023 : les urgences nous commandent d’aller plus vite.
Postes d’émission de GES :
- Alors que le cheptel INRAE représente environ 20% des émissions de GES de l’Institut, rien, ou quasiment rien (juste un point sur les effluents d’élevage) n’est indiqué à ce sujet, ne serait-ce que pour dire toute la difficulté à traiter ce point (tout comme c’est aussi le cas pour bon nombre d’éleveurs…).
- Alors que les vols en avion représentent 9% des émissions de l'institut, bien peu est dit à leur propos. C’est regrettable car ce point focalise aussi beaucoup l’attention, des collègues mais aussi des observateurs externes, qui risquent d’y voir la preuve d’un manque de sérieux dans la démarche. Il est en outre étonnant de trouver dans la partie sociale de la démarche un paragraphe qui vise à inciter au développement de collaborations et de missions internationales, sans remettre cela en perspective avec les enjeux en termes de GES.
- Concernant les bâtiments, il serait intéressant de définir des objectifs chiffrés par exemple en terme de proportion de rénovations énergétiques.
- Concernant les achats durables, il serait intéressant de préciser comment la durée de vie des équipements pourrait être augmentée. Cela est fait pour l’informatique avec une garantie à 5 ans (qui pourrait d’ailleurs être étendue à 7 ans comme certains constructeurs le proposent) mais des mesures pourraient être mises en place pour favoriser l’octroi de crédits de fonctionnement (alors que la politique actuelle tend plutôt à favoriser les crédits d’investissements).
- Concernant la restauration, des objectifs chiffrés sont fixés pour l’intégration de produits de qualité ou bio mais un objectif de réduction de la quantité de protéines animales consommées est également nécessaire puisque c’est un enjeu majeur de réduction des émissions associées à l’alimentation.
Compensation :
- Le système de compensation qui est envisagé est très flou et ne fait pas état des grandes limites connues de ce principe de compensation qui fait porter la dette des émissions d’aujourd’hui sur les années à venir, et repose sur des solutions peu fiables
- Le système implique une compensation au niveau des Unités Expérimentales (UE) qui parait peu réaliste, puisque les UE doivent déjà poursuivre une forte réduction de leurs propres émissions, notamment celles qui ont un cheptel.
- Par ailleurs, le processus de décision de ce que seront les « émissions résiduelles incompressibles » n’est pas explicité, pas plus que le niveau maximum de ces émissions. Or selon les mesures prises, ces émissions résiduelles seront plus ou moins élevées.
Impacts sociaux :
- Beaucoup des points proposés portent sur des efforts à faire par les agents et les unités. Les impacts seront variables selon les situations, les marges de progrès aussi. Il y a peu d’éléments pour expliquer comment ces différences seront prises en compte, ni comment les trajectoires individuelles et collectives seront accompagnées par l'Institut.
- La partie sociale ne fait pas du tout état d’une réflexion sur l’éco-anxiété des agents qui est pourtant très présente à INRAE. Comment aider les agents, comment la prévenir ? La démarche positiviste et par petits pas proposée peut sembler être une réponse, en visant à ne pas susciter d’angoisse, et à donner un caractère positif à toutes les actions entreprises. Cette posture est cependant loin d’être évidente et efficace : pour les agents qui ont pleinement connaissance de la gravité de la situation et de la taille des enjeux, l'absence d'action ambitieuse et rapide peut générer une anxiété ou un malaise envers l’Institut. On peut craindre l’émergence de conflits de valeurs chez les agent.es, nuisant au bien-être au travail.
- Par ailleurs, il paraît important que la démarche proposée reconnaisse explicitement que les actions mises en œuvre pour réduire l’empreinte environnementale d’INRAE peuvent avoir des impacts sociaux différenciés sur le personnel INRAE, par exemple selon le corps professionnel, le genre, les situations de handicap, etc., et que ces différences doivent être prises en compte le mieux possible.
Impacts indirects :
- Les impacts sur l’environnement qui sont envisagés portent uniquement sur l’activité directe d’INRAE, rien n’est dit sur les effets indirects et sur les impacts de certaines thématiques de recherche. Malheureusement, il y a des recherches à INRAE qui portent sur des questions de nature à avoir un impact négatif sur l’environnement. Cette évaluation est bien évidemment difficile à réaliser, elle dépend de nombreux points de vue. Il est bien question dans le plan d’un guide pour aider les porteur.euses de projets à faire une évaluation dans ce sens, mais cela reste à la fois très flou et très peu contraignant.
Pour consulter le texte du nouvel appel et signer, cliquer ICI.
Appel (21 janvier 2020)
Chères et chers collègues,
La
consultation interne lancée auprès des agents d’INRAE sur les orientations futures de l’institut est une opportunité importante pour exprimer la nécessité d’un changement fort dans nos pratiques et orientations de recherche en réponse aux lourdes menaces que font peser les changements globaux sur nos sociétés.
Le collectif CO2R (Collectif pour une recherche responsable) du centre INRAE Occtanie Toulouse, composé d’une cinquantaine de collègues des différents laboratoires et différents domaines, contribuera à cette consultation et portera des propositions fortes que vous pourrez soutenir.
Pour leur donner plus de poids, le collectif vous propose en même temps de signer l’appel ci-joint avant la fin de la période de consultation (13 février) afin qu’il puisse être transmis à la direction générale de l’institut. Cette action vise à montrer que nous sommes nombreuses et nombreux à être prêts à modifier fortement nos pratiques de recherche et à questionner nos orientations de recherche pour les rendre plus cohérentes avec les conclusions scientifiques concernant les conséquences des changements planétaires en cours. Les actions individuelles n’étant pas suffisantes et pas toujours faciles quand elles sont isolées, nous demandons un soutien institutionnel pour qu’INRAE puisse se prévaloir d’une exemplarité dans sa capacité à prendre en compte les recommandations de mobilisation qui s’imposent à nous dès maintenant. Des initiatives similaires sont en cours dans d’autres organismes de recherche et de l’enseignement supérieur.
Vous pouvez diffuser largement cet appel auprès des collègues qui pourraient être intéressés, travaillant dans des unités affiliées à INRAE, dans le respect responsable des moyens et des règles de communication à votre disposition.
Le collectif CO2R
Pour consulter le texte de l’appel et signer, cliquer ICI.